Shin Hyejung exposition – Enfant végétale : Forêt de papier

Shin Hyejung ,Enfant végétale : Forêt de papier, l'exposition de Shin Hyejung
août 11, 2026

Enfant végétale : Forêt de papier, l’exposition de Shin Hyejung

Dans l’espace Escal’Art du café-galerie PARISDABANG, le projet artistique de Shin Hyejung prend forme. Cofondatrice du lieu et artiste peintre, elle y présente “Enfant végétale : Forêt de papier”, sa première exposition personnelle. Longtemps mûri, ce travail trouve enfin son espace d’expression et offre au public une entrée directe dans son univers visuel, intime et organique.

Rencontre avec Shin Hyejung à l’occasion de son exposition « Enfant végétale : Forêt de papier » du 2 octobre au 5 novembre 2025 © Angèle Behlouli
« Je réalise un rêve à 42 ans. Il n’y a pas d’âge pour fleurir. »

Shin Hyejung : un parcours entre deux cultures

Formée en peinture orientale en Corée, puis diplômée d’un doctorat en arts plastiques à l’Université Paris VIII en 2018, Hyejung a façonné son regard entre deux mondes.

Son art, nourri par le dessin, la peinture et le collage, explore les liens subtils entre quotidien, identité et humanité. Sur le papier, comme sur la toile, elle cultive une simplicité volontaire qui révèle un univers poétique. Dans sa démarche, théorie et spontanéité se conjuguent, réflexion et naïveté assumée cohabitent. Son travail cherche toujours la même chose : mettre en lumière la beauté du quotidien, celle que l’on oublie souvent de regarder.
Très tôt, elle adopte un geste libre, instinctif et sensible. « Je veux aller à l’essentiel. Le dessin n’a pas besoin d’être parfait pour raconter une émotion » confie-t-elle.

Pourtant, prise dans l’exigence académique de sa thèse, elle ne considérait pas son art comme abouti jusqu’alors. Pendant près de dix ans, elle a dessiné en respectant règles, délais et critères imposés pour valider ses travaux devant un jury. C’est la première fois qu’elle expose son art hors de ce cadre, libérée des attentes institutionnelles.
Ici, elle assume tout : ce qui n’est pas lisse devient précieux, ce qui semble imparfait devient vivant.

“Enfant végétale : Forêt de papier”, une traversée sensorielle Du 2 octobre au 5 novembre 2025 — Escal’Art, PARISDABANG

La genèse de cette exposition part de l’idée de « planter un enfant » et de regarder pousser son imaginaire. De ce point de départ poétique naît une forêt invraisemblable où les traits, les couleurs et les textures se mêlent et dialoguent.
Hyejung construit des images qui oscillent entre action et contemplation. Ses œuvres créent un espace dans lequel chacun peut réfléchir à son rapport au quotidien, à ce qui façonne son identité et à la manière dont nous habitons le monde en tant qu’êtres humains.


Dès l’entrée dans l’espace Escal’Art, le sol en bois évoque les racines de l’arbre, le point de départ d’un voyage sensoriel. Le titre de l’exposition et le nom de l’artiste s’étendent sur la hauteur du mur, suivi d’une série de tableaux sur toile, alignés comme une frise végétale qui ouvrent le récit. On y découvre la densité de la végétation et un univers fantasy semblable à la forêt enchantée d’Alice aux pays des merveilles.

Tableaux végétaux, peintures sur toile, Shin Hyejung – « Enfant végétale : Forêt de papier » © Angèle Behlouli

Certains dessins sont directement posés au sol avant de remonter sur le mur. Ce choix de disposition n’est pas décoratif, il reproduit la logique d’une croissance végétale, comme si les œuvres poussaient dans l’espace. L’ensemble est accompagné de vraies plantes, créant une continuité visuelle entre l’environnement naturel et l’univers artistique.

Peintures sur papiers encadrées, Shin Hyejung – « Enfant végétale : Forêt de papier » © Angèle Behlouli

Quelques marches plus haut, le regard se heurte à deux murs entièrement recouverts de dessins. Un pan rassemble des formats horizontaux, l’autre des formats verticaux.

Dessins et peintures sur papier, format paysage, Shin Hyejung – « Enfant végétale : Forêt de papier » © Angèle Behlouli

Les œuvres sont disposées bord à bord, sans cadre, comme un ensemble continu. Cette présentation dense crée un effet d’immersion où le spectateur ne regarde plus une œuvre isolée, mais un ensemble visuel qui l’entoure comme une véritable forêt de papier.

Dessins et peintures sur papier, format portrait, Shin Hyejung – « Enfant végétale : Forêt de papier » © Angèle Behlouli

Les visages dessinés côtoient des formes végétales, les couleurs s’entremêlent, les interprétations restent ouvertes. Certains dessins montrent des ondulations ou des reliefs provoqués par l’humidité absorbée par le papier, donnant l’impression que les œuvres respirent, vibrent, bougent ensemble.
Parmi l’ensemble, une œuvre attire l’attention en raison de son support différent. En s’en approchant, le papier révèle une texture plus épaisse et légèrement irrégulière. Il s’agit d’un papier artisanal coréen (hanji), choisi pour sa matière brute et ses fibres visibles. Ce papier, plus vivant que les autres, rappelle l’origine culturelle de l’artiste et son attachement au geste manuel.

Peinture sur papier coréen traditionnel (hanji), écorce du mûrier à papier, Shin Hyejung – « Enfant végétale : Forêt de papier » © Angèle Behlouli

Dans cet espace, les visiteurs prennent le temps de chercher leur propre point de vue, de revenir sur certains dessins, d’en examiner les détails. La circulation libre permet à chacun de s’approprier l’espace selon ses propres perceptions. Certains observent l’ensemble, d’autres se concentrent sur un fragment ou une couleur.
À la sortie, le texte explicatif devient une possibilité de lecture supplémentaire. Il intervient après l’expérience, comme un complément et non comme un cadre. L’artiste souhaite que la découverte reste instinctive et personnelle, sans être influencée par un discours théorique.

Une proximité entre œuvres, artiste et public

Au cœur de cette installation, tout passe par la couleur et par l’émotion. Pour Hyejung, le dessin n’a pas vocation à raconter une histoire précise, chaque œuvre est une sensation.
Les tons vifs et les choix colorimétriques inattendus portent l’influence des cultures africaines, qu’elle admire pour leur énergie et leur liberté. Son style, volontairement enfantin, va à l’essentiel. Pas d’excès de technique, pas de recherche de perfection, ici, la spontanéité prime. L’artiste revendique un dessin épuré, capable de traduire plus directement l’émotion.

Elle utilise ce qui l’inspire et rien n’est dissimulé. Le papier gondole, les traits restent visibles, les œuvres ne sont pas encadrées. Hyejung tient à montrer le processus autant que le résultat. Il n’y a pas de distance avec le public, les dessins respirent à l’air libre. L’assemblage et le relief créent une présence physique qui enveloppe le visiteur dans cette forêt de papier.

Détails du relief et du mouvement des œuvres, Shin Hyejung – « Enfant végétale : Forêt de papier » © Angèle Behlouli

La singularité de l’exposition tient aussi au lieu. PARISDABANG est à la fois café et galerie. Les habitués, les amateurs d’art ou les passants curieux se croisent. Certains viennent pour un café, d’autres pour l’artiste, tous finissent par découvrir ce qui se cache derrière les murs. Et l’expérience ne s’arrête pas à la contemplation : Hyejung est là. Elle travaille dans le café, accueille le public, parle de son art, écoute les réactions. Cette proximité étonne. Elle la revendique comme une forme de partage authentique.

Le quartier, lui-même, influence les échanges. Situé dans le 11ᵉ arrondissement de Paris, territoire marqué par l’activisme culturel et féministe, il nourrit la réception de son travail. De nombreuses femmes disent se reconnaître dans ses dessins. L’artiste ne cherche pas à représenter la femme comme objet de regard, mais à traduire ses propres expériences. Elle raconte son histoire, et cette histoire devient collective par l’interprétation de chacun.

Détails des œuvres, visages entremêlés à la végétation, Shin Hyejung – « Enfant végétale : Forêt de papier » © Angèle Behlouli

Si Hyejung a longtemps redouté l’idée d’exposer, cette exposition agit comme une libération. Le plus difficile fut de choisir quelles œuvres montrer. Elle a privilégié ses créations les plus récentes, toutes réalisées sur de petits formats, plus faciles à stocker et à manipuler dans son espace de travail domestique.

Depuis qu’elle est devenue mère, l’atelier s’est déplacé au cœur de la maison, ce qui l’a amenée à adapter ses méthodes.
Le grand format lui manque. Elle confie en avoir réalisé plusieurs auparavant et affirme que, si elle disposait de plus d’espace, elle y reviendrait volontiers. Pour contourner cette contrainte, elle assemble plusieurs petits dessins ou découpe un grand dessin en fragments, créant ainsi des œuvres plus vastes tout en laissant respirer ses idées.

Cette première exposition est aussi le fruit d’un travail minutieux de mise en espace. Hyejung savoure autant la médiation que la création : sélectionner les œuvres, imaginer le parcours, concevoir les plans, installer chaque pièce. Ce processus la stimule autant que la peinture elle-même. Elle l’avait déjà expérimenté lors de l’exposition OBSESSION(S) de Paul Rhee, et entend continuer à valoriser le travail d’autres artistes dans cet écrin qu’est Escal’Art.

Et le projet continue de germer :

Novembre, mois de la photographie à Paris, voit déjà PARISDABANG préparer sa prochaine exposition. En parallèle, le quotidien du café, les coulisses des installations, ainsi que l’émergence de nouvelles inspirations seront bientôt dévoilés sur une chaîne YouTube à venir, prolongeant l’expérience artistique et le lien avec les amateurs d’art, de culture et de Corée, bien au-delà des murs du café.

AUTOR 🖋️ : Angèle Behlouli
📸 © : Angèle Behlouli
📍Article publié sur la plateforme honoraryreporters.korea.net

Informations pratiques : Visiter l’exposition de Shin Hyejung

Artiste : Shin Hyejung

PARISDABANG
Bingsu, Café, Art & more
du mar au sam, 12h-19h
& dim, 12h-18h

Escal’Art du café Paris Dabang (à l’étage)
6 rue de la folie méricourt, Paris, France 75011

L’exposition est terminée .

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