YANG JU YEON, My Missing Aunt – FFCP 2025

YANG JU YEON, FFCP, MY MISSING AUNT, horangout
août 18, 2026

Lors du Festival du Film Coréen à Paris (FFCP), qui a eu lieu du 28 octobre au 4 novembre 2025, le film MY MISSING AUNT a été présenté au public. 

A cette occasion, la réalisatrice YANG JU YEON était présente au FFCP et a participé à un échange avec le public français. Cependant, elle n’était pas seule, et le public a eu la chance aussi de rencontrer l’illustratrice qui a travaillé sur le film HONG JI mais aussi une des monteuses LEE JIN JU.
Découvrez la retranscription de cette intervention lors du Festival du Film Coréen – Paris 2025.

SYNOPSIS – My Missing Aunt

Un soir d’hiver, Juyeon reçoit un appel de son père éméché, qui évoque sa tante décédée avant sa naissance. C’est la première fois qu’elle entend parler de la sœur de son père, dont elle ignorait l’existence et la mort. Désarçonnée et curieuse, Juyeon décide de mener son enquête afin de découvrir qui était cette tante dont sa famille a choisi d’effacer l’histoire.

Retour sur cet entretien – YANG JU YEON

C’est un film qui implique sa propre famille et un secret de famille. On y voit aussi votre propre relation avec ces dernières. Est-ce que cela a dérangé / mis le bazar dans votre famille ? Et aujourd’hui, comment sont vos relations avec vos parents ? 

YANG JU YEON : Je réalise aujourd’hui que ce sont mon père et ma mère qui ont accepté d’apparaitre à l’écran et pour cela je leur en suis reconnaissante. 

Concernant ce secret de famille, c’était le secret que mon père portait, et il était gène d’évoquer ce dernier mais il n’a pas non plus ignoré mes questions et sur les 7 années de travail que m’ont pris ce film, j’ai pu constater un changement dans le comportement de mon père, il s’est ouvert petit à petit. J’ai aussi rédigé un livre sur cette histoire et mon père voulait être le premier lecteur de ce dernier, qui porte le même nom que le film, et il m’a encouragé et félicité lorsqu’il a su que j’allais venir à Paris pour présenter le film. 

Votre film c’est 7 ans de travail, à partir de quand vos consœurs sont arrivées ? Quand avez-vous eu l’idée de combiner votre film avec les dessins ? Comment êtes-vous intervenue sur le projet ? 

YANG JU YEON : C’est à partir de 2018 que le film a été tournée, durant l’été. Je me suis dit vouloir ce côté animation afin de combler ce que je n’avais pas de ma tante. En effet, tout ce que je possède d’elle ce sont des photos en noir et blanc, des images fixes, des témoignages…et dans le film j’avais cette volonté de la montrer en train de bouger / vivre en quelque sorte. J’ai donc effectué diverses recherches pour cela. J’ai donc rencontré l’illustratrice / animatrice fin 2019 et elle a travaillé sur le projet durant 1 an. Ensuite nous avons continué le tournage et nous avons travaillé sur le montage du film pendant 3 ans. 

Les dessins de votre tante sont d’un ton pale, limite transparente. Comment cela a pu vous influencer pour l’animation du film ? 

Cela ne m’a pas vraiment influencé, je souhaitais juste faire revivre le sentiment de noir et blanc mais en gardant en effet ce côté transparent, pour le côté souvenir / légèreté. 

Pour l’illustratrice, avez-vous adapté votre style de dessin pour ce film ou est-ce votre style de base ? 

YANG JU YEON : Je vais répondre par moi-même et non via la traductrice, vivant en France depuis 5 ans je parle un peu français. J’ai des souvenirs un peu flous de tout cela car ça fait 5 ans que j’ai travaillé sur ce projet cependant j’ai toujours aimé dessiner en noir et blanc. Donc je n’ai pas fait d’effort particulier pour le film, c’est déjà mon style de base, quelque chose de minimaliste. Cependant je joue avec les textures, les divers effets de crayons. Finalement je voulais juste faire quelque chose qui me plait. 

Les face à face avec les parents sont vraiment touchant et importants. Surtout celui avec la mère lorsque JUYEON lui demande « si cela m’arrive tu fais quoi ? » et qu’il y a ce blanc, mais celui avec le père aussi lorsque JUYEON lui demande pourquoi il était ainsi avec elle et pas avec son petit frère, le visage des deux changes, on ressent toute l’émotion et on se retrouve, en tant que femme, dans la réaction de JUYEON face à la réponse de votre père. 

Lorsqu’on est monteuse sur un tel film, il y a la responsabilité de respecter la relation et l’intimité de cette discussion. Cela demande donc un certain travail de précision de ne pas « couper » au mouvais moment afin de ne pas changer ce sentiment. Est-ce que du coup cela a été compliqué au vu de la situation alors que la situation de départ est un « simple » face à face ? 

Lorsque je travaillais sur le montage du film, j’avais la chance d’avoir JUYEON dans la salle avec moi et finalement, pour moi, le plus important était de l’accompagner elle dans ses recherches, dans ses sentiments et les motivations qui pouvaient la guider. 

Mon but était donc de capturer cela, toujours dans l’espoir de pouvoir retranscrire ces émotions au public. Lorsque j’ai commencé a travailler avec JUYEON, elle avait déjà 7 ans de travail avec elle, donc j’ai cherché des liens pour le montage. 

J’avais la chance que JUYEON, la réalisatrice, soit très ouverte afin que je puisse travailler de manière plus simple. J’ai beaucoup d’admiration pour elle, c’est vraiment une femme courageuse. 

Pendant le montage on a beaucoup parlé. Le processus de base c’était que je venais raconter mon histoire et montrer ma famille, cependant je voulais cet esprit créatif donc on cherchait des petits espaces afin d’ajouter de la créativité. Nous avons aussi beaucoup échangé afin de voir ce qui était le plus adapté au film. 

Est-ce que quelqu’un a essayé de chercher ce qu’était devenu le petit ami de l’époque ? L’avez-vous retrouvé ? Qu’est-il devenu ? 

YANG JU YEON : J’ai fait beaucoup de recherches et pas mal de tentative pour retrouver ce petit ami que j’ai découvert lors de mes recherches via les témoignages d’amis de ma tante que j’avais pu retrouver. Au départ, c’était important pour moi de le retrouver car c’était quelqu’un qui avait connu ma tante. Cependant ce fut très compliqué car personne ne connaissait réellement son prénom, tout le monde le connaissait sous un pseudonyme, et lorsque j’ai appris que ma tante avait, finalement, été retrouvé morte chez lui, je me suis demandé si cela été correct d’entendre, de la bouche de cet homme, les derniers propos de ma tante. 

De plus, comme il n’y a pas eu d’enquête à l’époque et aucun document je ne souhaitais pas que la parole de cet homme devienne la réalité. Donc j’ai finalement abandonné l’idée et j’ai préféré faire parler des photos, des objets etc. afin de raconter son histoire. 

YANG JU YEON, FFCP, MY MISSING AUNT, horangout
YANG JU YEON, FFCP, MY MISSING AUNT

Vous abordez le sujet des gens qu’on ne retient pas forcément, des histoires, destins enfin dans tous les cas des gens anonymes, par exemple avec votre premier court métrage que vous l’avez fait sur le mouvement de grève des femmes de ménages, vous faites parler les anonymes, les invisibles.

Dans les cercles féminins la question se pose et remonte sur l’intérêt de faire des reportages, films, séries entières sur les bourreaux, car ce sont toujours leur parole finalement. Donc cela pourrait être vu comme un acte politique de donner la parole aux victimes. Est-ce que vous le concevez ainsi ? 

C’est un acte politique et être perçu comme qqch de positif et si cela peut faire changer la société effectivement je pense que c’est aussi le rôle du documentaire de faire changer quelque chose, mais même si ce n’est qu’un tout petit changement, ne serait-ce que chez un spectateur, cela me convient. 

Tous les jours, j’ai cette interrogation avec la caméra, je me demande qui et quoi filmer, sur quoi je dois me concentrer…  Et cela dépend du sujet / contexte mais si je filme des personnes qui ne sont pas visibles, je me demande pourquoi elles ont été invisibilise auparavant et c’est une démarche tjrs en cours concernant le quoi filmer, qui filmer et aussi pourquoi je veux filmer et montrer cela. 

Dans tout le film, vous filmez vos parents mais on ne voit ni votre frère, ni vos oncles/tantes. Ont-ils refusé ou est-ce votre choix de ne pas les faire apparaitre ? 

Au tout début je me suis interrogée justement sur le fait de les intégrer / filmer ou pas. J’ai un oncle, en lien donc avec ma tante, et j’ai hésité à l’interviewer comme j’ai fait avec mon père. Cependant le film est avec des informations réelle concernant ma tante, et le point de départ de tout cela, ce fut simplement et uniquement mon père, puisqu’il m’a appelé ivre pour me dire qu’il ne voulait pas que je termine comme elle. Donc par la suite, je me suis interrogée sur qui je suis pour lui et qu’en est-il de notre relation père/fille. Je me suis aussi interrogée sur la manière dont mon père, qui est sur la défensive concernant ce sujet, allait ouvrir son cœur pour potentiellement affronter son trauma lié à la perte de sa grande sœur et le tabou que cela a engendré par la suite. 

Dans votre film, vous montrez des générations d’hommes misogyne, est ce que vous constatez une évolution ? Et question personnelle, mais qu’en est-il pour votre mari ? 
De plus, votre film a été fait en 2024 avec un président plus progressiste, que pensez-vous que cela peut engendrer pour l’avenir des femmes en Corée ? 

Les générations changent, et je pense que le documentaire le montre quand même, met en avant les différences générationnelles. Les discussions que mon grand-père n’a pas pu avoir avec ma tante, j’ai la chance de pouvoir les avoir avec mon père. Mon grand-père et mon père sont très différents. Mon mari l’est tout aussi, très diffèrent, d’ailleurs pour information, il est aussi producteur du film. Lorsque j’ai eu connaissance de l’histoire de ma tante et que j’en ai parlé avec mon mari, ce dernier m’a encouragé à en faire un documentaire. 

Concernant le deuxième point, sur la réalisation du film, il y a beaucoup de femmes, ce women power, est évoqué et tout au long on a évoqué cela avec le reste de l’équipe, sachant que l’équipe n’est pas uniquement en Corée du Sud. Le constat est le même, malheureusement, c’est partout pareil. Les inégalités sont là. La parole des femmes n’est pas assez écoutée. Il faut les voir et les écouter. 

Le président de la Corée du Sud actuel est progressiste certes, mais l’égalité des sexes n’est pas sa priorité, donc on se demande comment interpeler tout le monde car c’est une question d’urgence et que cela peut être une question de vie ou de mort pour certaines personnes. 

Juste pour ma culture personnelle, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ce déplacement des tombes ? 

Ce n’est pas dû au film mais on a dû transférer le tumulus car la ville de Gwangju était en train de faire des rénovations de terrain donc nous avons dû transférer la tombe ailleurs et c’est la que j’ai émis l’idée de rajouter le nom de ma tante sur la stèle. C’est la 1ere fois en plusieurs décennies, c’est la première fois qu’elle existe vraiment. Et son nom est donc a cote du mien.

YANG JU YEON, My Missing Aunt, FFCP 2025, horangout
YANG JU YEON – My Missing Aunt – Festival du Film Coréen Paris 2025 (FFCP)

Dans un premier temps, le travail réalisé n’a pas de l’être simple donc déjà bravo. C’est compliqué de parler de sa propre famille et d’être aussi devant la caméra. Nous pouvons vous voir cogiter, être pleine de tourment devant la caméra. 

Réponse (monteuse) : Durant le montage, JUYEON est le personnage principal. Au début elle ne souhaitait pas forcément apparaitre à l’écran mais en tant que monteuse, avec mes collègues, nous lui avons émis cette idée car c’était important de la voir, et d’avoir ses expressions. Nous avons donc tout vu lors de la phase de montage et nous avons sélectionné divers moments où elle est justement perdue dans ses pensées ou en pleine réflexion. Pendant le montage nous avons donc sélectionné diverses scènes ou nous pouvons la voir simplement dans ses pensées. 

YANG JU YEON : C’est une des raisons de pourquoi nous avons beaucoup échangé. Au début je ne devais pas apparaitre devant la caméra comme évoqué par ma collègue. Je voulais juste parler de ma tante. Puis au fur et à mesure des échanges, je me suis dit que le plus important finalement, c’était pourquoi JUYEON, moi-même, avait besoin de ces réponses. Aujourd’hui, déterrer les souvenirs de ma tante et voir que j’en étais la clef m’a aidé. Lorsque je me voyais à l’écran je questionnais souvent ma monteuse afin d’avoir son avis et savoir si c’était ok, et elle a réussi à me rassurer sur ce choix. 

Le fait que vous apparaissez cela fait le pont entre le thème du film et notre et votre génération de femme. C’est-à-dire comme vous pouvez très bien le dire dans le film, on est féministe cependant à la maison on fait à manger…Le visage public que nous pouvons nous donner, est-ce le même que celui que nous avons à la maison ?

C’est intéressant que vous évoquiez cela, car vous vous revendiquez clairement votre féminisme. Est-ce que vous pensiez qu’une telle histoire pouvait venir de votre propre foyer ? Est-ce qu’on se demande d’où vient son féminisme / militantisme lorsqu’on réalise que nous n’avons pas forcément vécu dans un foyer féministe. Est-ce que vous vous êtes posé la question de savoir d’où vous venez ce militantisme ?

C’est une question vraiment difficile, cependant en tant que féministe je ne dirais pas que c’est non plus une identité qui est figée. 

Jamais je ne me suis dit qu’en étant féministe je devais raconter cette histoire. 

Il est vrai que dans mon quotidien, je me pose des questions et j’essaie de capturer ces moments de doutes / Questions. Cependant lorsque je suis avec ma caméra, ce qui est moteur, ce fut de raconter des histoires qui n’ont pas été vues / traités jusqu’à maintenant.

Comment se déroule la diffusion du film en Corée du Sud ? De plus, le mouvement féministe, nous pouvons vous voir dans beaucoup de manifestation. En Corée du Sud, le mouvement a été très virulent à la période METOO et cela semble être tabou maintenant. Comment vivez-vous le mouvement féministe ? 

C’est une question compliquée et cela me rend un peu nerveuse. Le film est sorti au cinéma en Corée du Sud le 20 octobre, nous sommes deux semaines plus tard et ce dernier est toujours projeté dans 40 salles obscures. De semaine en semaine, le nombre de salle qui diffuse le film diminue mais 40 salles, c’est déjà très bien. 

En 2018, il y a eu le mouvement METOO, ce fut un mouvement actif dans le domaine des arts, de la politique et il y a des cas avérés. J’ai un réel soutien envers les victimes. Je dirais que maintenant le mouvement a pris une nouvelle forme, la cause n’est pas ignorée mais elle est différente. 

On parle beaucoup de « meurtre de petit ami » (le mot féminicide n’existant pas encore en coréen) et on se demande comment éviter cela. Il faudra un changement dans le système et une loi devrait être voté afin de faire avancer tout cela. 

Je tiens vraiment à vous remercier pour votre intérêt sur le mouvement féministe. 

Question pour l’illustratrice :

Parmi tous les dessins que vous avez fait dans le film, lequel est votre favori ? 

Réponse : Je dirais celui ou le petit ami est évoqué et que j’ai dû imaginer et dessiner l’emprise de ce dernier sur la tante de JU YEON. Je crois que c’est vraiment celui que je préfère par rapport a tout ce qu’il représente. 

Avez-vous un dernier mot pour votre public français ? 

Merci d’être venu (HONGJI) 

Ça m’a rempli de joie de voir une salle complète ici j’espère que vous continuerez de voir beaucoup de documentaire sur divers sujets aussi important. Merci (LEE JIN JU) 

La monteuse a déjà dit le principal (rire). Cela me fait aussi extrêmement plaisir d’être là toutes les trois. J’ai aussi un compte Instagram pour le film, donc n’hésitez pas à venir me soutenir via le compte. Merci beaucoup.  (YANG JU YEON)

L’instagram de YANG JU YEON pour le film : ICI

L’instagram de l’illustratrice du film : ICI

AUTOR 🖋️ : Pauline Legaillard
📸 © : –
📍Retranscription (live report) Festival du Film Coréen (FFCP 2025) – pour Koreanet & Horangout

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