Echange avec la réalisatrice du film The World of Love (세계의 주인), YOON Ga Eun
Un film aussi émouvant que bouleversant, qui prends aux tripes, voici comment on pourrait décrire ce film que j’ai eu la chance de voir en avant-première grâce à JOKER FILM.
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De quoi parle le film ? Synopsis :
Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face. Mais loin de se laisser enfermer, elle choisit d’avancer et de se réinventer.
Trailer
Après la projection, la réalisatrice était présente pour échanger avec le public sur le film. Retour sur cet échange.
On reconnait une thématique commune qui est celle de la reconstruction, du regard des autres, l’effet de groupe et surtout le rapport à la famille.
Retour sur l’entretien avec la réalisatrice
Question : Le film a été un grand succès public ET critique en Corée. Pensez-vous que ce succès est en partie dû à son point de vue féminin ? Ainsi qu’au fait que c’est une représentation originale et singulière de la complexité que c’est d’être une jeune fille sur grand écran ?
Réponse : Dans un premier je voudrais tous vous dire bonjour et merci d’être venu. Je voulais vous dire en tout cas que pour mon équipe et moi-même c’était assez imprévisible ce succès en Corée. Encore aujourd’hui nous nous interrogeons sur le pourquoi du comment le film a rencontré un tel succès et que les spectateurs sont venus voir en masse ce film.
Lorsque j’étais en préproduction du film, ce fut très compliqué de trouver des investisseurs et cela a donc prit beaucoup de temps car je pense que les investisseurs étaient frileux, que le public coréen n’était pas prêt à ce genre de film et que ce n’était pas du tout un sujet populaire donc qu’il y aurait surement un rejet de la part du public. Et finalement, lorsque nous regardons avec le recul j’imagine que contrairement à l’inquiétude des investisseurs, il y avait finalement une attente de la part du public coréen d’un nouveau type d’histoire, ou en tout cas, traité différemment.
Question : Je souhaiterais évoquer vos histoires de manière générale. Ces dernières sont toujours très intimes, et nous sommes au plus proche des personnages, de leurs émotions. Je souhaiterais savoir si vous, vous avez une émotion que vous voulez en priorité susciter ou déclencher chez le spectateur ?
Réponse : Alors lorsque je me décide à raconter une histoire, je ne pense pas du tout au public. C’est-à-dire que je n’attends pas quelque chose ou qu’une émotion particulière soit perçue par le public.
Donc lorsque je raconte une histoire, ce n’est pas un sentiment particulier que je souhaite absolument transmettre. En réalité je réfléchi beaucoup à l’univers de l’histoire ou bien du thème que je souhaite traiter et c’est ce que j’essaie finalement de partager cela avec le public et cela me permet de faire comme une sorte de vérification de ce que je souhaite réellement partager avec mon public. Donc je m’interroge souvent sur si cela vaut la peine ou non. Et si la réponse est oui, pour moi, le film doit être avant tout intéressant ou distrayant.
Après le thème intéressant/distraient est assez large mais c’est cependant quelque chose, dans un premier temps pour moi, il faut que j’estime que mon film va m’intéresser, que ce soit un sujet qui me plait, et c’est donc principalement cela que je souhaite transmettre à mon public.
Question : Sur vos 2 précédant long métrage, vous avez travailler avec des enfants pour vos rôles principaux. Est-ce que là, cela a changé votre manière de travailler en tant que directrice vis-à-vis des ordres/conseils données aux comédiens ?
Réponse : Donc ce film est mon 3eme long métrage et les 2 premiers films avaient en effet pour personnages principaux des petites filles de 12 à 13 ans, donc qui vont à l’école primaire, elles étaient vraiment très jeunes, et bien sûr, elles n’avaient pas forcément d’expérience en termes de technique de jeux. Donc je ne leur donnais pas forcément le scenario, ce que je faisais c’est que je leur expliquais chaque scène qu’elles allaient jouer et nous avons donc du beaucoup répéter et en improvisant. Donc lorsque les enfants venaient sur plateau, ils ne savaient pas quelle scène on allait tourner et c’est sur lors du tournage sur le plateau que je leur expliquais quelle scène allait être tournée et ce qu’elles allaient devoir jouer. J’essayais de capturer un peu ces moments de façon naturelles.
Donc à la différence, dans ce film-là, pour la 1ere fois j’ai une actrice qui joue une lycéenne de 18 ans, et en réalité ce sont des acteurs, en tout cas l’actrice principale est plutôt dans le milieu/fin de la vingtaine et c’est une des raisons de pourquoi je l’ai casté. Et ce que qui était bien c’est qu’il y avait vraiment sa volonté de devenir actrice et cela a beaucoup joué comme c’était la première fois que je tournais avec des adultes. C’était la plus grosse différence c’est que les actrices et acteurs venaient sur le plateau de tournage en maitrisant le scenario et les dialogues et ils avaient déjà fait leurs analyses des personnages qu’ils allaient incarner. Cela n’a pas empêché le fait que nous avons beaucoup répété. Mais comme ils avaient analysé leur personnage, ils avaient aussi fait beaucoup de recherche et ils avaient déjà imaginé toutes les relations de leur personnage avec celui du personnage principal, et ce, dans le moindre détail. Donc ce qui était vraiment bien par rapport à mes deux premiers films, c’est que là, mes acteurs avaient appris leurs textes (rire).
Question : Avez-vous envie de garder un point de vue féminin pour vos prochains films comme point de vue centrale ? Donc d’avoir un personnage principal féminin ? Est-ce quelque chose que vous souhaitez prolonger sur toute votre filmographie ou avez-vous envie d’explorer le point de vue masculin ou de changer complètement et donc de changer votre tranche d’âge ?
Réponse : Pour ce qui concerne le choix d’un personnage principal masculin, je n’en ai aucune idée à l’heure actuelle. En fait je suis quelqu’un d’assez peureuse donc je tente de me concentrer sur des sujets qui me parlent ou que je maitrise. Et comme je manque aussi un peu de courage, je pense que je fais rester dans ma zone de confort, et continuer à parler des femmes par ce que je suis une femme et que c’est un sujet que je peux mieux maitriser.
En ce qui concerne l’âge, je ne sais pas du tout si à mon prochain film je changerais la tranche d’âge. Cela dépendra surtout en fait du sujet. Des le début mon attention n’est pas de parler d’un enfant ou d’un adolescent, c’est finalement le thème qui va venir définir la tranche d’âge qui sera concerné. Si mon prochain film parle de la famille, ou d’une amitié, peut être que la tranche d’âge sera différente. Cela dépend vraiment du thème.

Question : J’aimerais poser une question par une scène qui m’a profondément marqué, celle qui se déroule au car wash. C’est assez rare qu’une scène me procure autant d’émotion alors qu’on ne voit même pas le visage des actrices. Donc comment avez-vous travaillé cette scène ? Comment avez-vous eu l’idée de cette scène ?
Réponse : A chaque fois qu’on me parle de cette scène, je me dis que j’ai vraiment bien fait de ne pas choisir un autre angle pour le tournage. J’ai beaucoup réfléchi sur cette scène et je m’étais dit que cela représenté vraiment la relation mère/fille. Ces rares moments où le personnage principal peut laisser exploser sa douleur, et que c’est quelque chose qu’elle a toujours fait, même par le passé. C’est pour cela d’ailleurs qu’aujourd’hui elle est en « bonne santé » mentale car elle s’est toujours plainte auprès de sa mère.
Et cette histoire, pour qu’elle puisse parler à sa mère librement, je me suis dit qu’il fallait qu’elles soient dans un endroit ou elles se sentent en sécurité toutes les deux. Et pour moi, cet endroit, ce serait la voiture. Car une voiture c’est un endroit qui est fermé, et elles sont toutes les deux, et en plus c’est moins oppressant car elles ne se font pas face. Elles regardent ensemble dans la même direction et le fait aussi que le lavage auto fasse énormément de bruit à l’extérieur, c’est grâce à ce bruit là qu’elle est finalement libre pour laisser exploser sa douleur et la hurler librement. Donc elles sont dans la voiture qui est à l’intérieur du lavage auto, donc elles sont en sécurité, alors que l’extérieur est « dangereux » avec les machines et bobines qui tournent.
J’aurais voulu filmer cette scène là aussi de profil ou de coté afin de montrer les visages des actrices mais comme la voiture était petite, cela ne fut pas possible, et le budget que nous avons pour le film ne nous le permettait pas non plus. Si on avait installé une caméra sur le côté, les actrices n’auraient plus eu assez d’espace. Et c’est un film qui a été fait en conséquence, et que cette scène soit en une seule prise. Donc finalement le fait d’avoir retenu cet angle là c’était plus à cause d’une contrainte économique et ce qui est assez drôle, c’est que pour tout le film, nous avons répété toutes les scènes sauf celle-ci. J’avais confiance en mon actrice principale car je savais qu’elle avait les épaules pour pouvoir faire cette scène-là. Mais j’ai quand même eu un peu peur car je lui ai quand même proposé à un moment donné d’aller sur les lieux, si elle le désirait. Et c’est par la suite qu’on m’a fait remonter qu’elle y était allée d’elle-même et qu’elle avait chronométré le temps de séquence de lavage de la voiture.
Le personnage jouait par la mère, l’actrice Jang Hye-jin, on ne s’est jamais disputé sur le tournage, on était toujours en parfaite harmonie sauf sur cette scène et nous en avons discuté. Je lui avais dit que j’avais l’impression qu’elle donnait l’air d’être une mère beaucoup trop cool et qu’elle laissait aller et laisser passer pas mal de chose et c’est à ce moment qu’elle m’a dit que non, ce n’est pas qu’elle était trop cool, mais que c’était des scènes de douleurs, qui était répété et qu’elle avait vu plusieurs fois, et que nous n’avons pas forcément mis en avant dans le film. Au final elle m’a dit qu’elle allait le faire comme elle le sentait et c’est finalement lors du montage du film que j’ai compris qu’elle avait raison et je m’étais excusée auprès d’elle.
Question : Film sensible et bouleversant, et j’avais un peu la même question concernant la scène du lavage automatique, cependant j’avais une autre question sur un personnage, qui est celui du petit frère, qui est travaillé de manière assez particulière car au début on voit juste un enfant innocent jusqu’au moment où on va voir une scène et qu’on va comprendre que cette innocence est cassée, notamment avec les lettres à la fin. Qui est malgré tout une scène de touchante malgré qu’elle soit très crue, envers l’actrice principal, ou nous, spectateurs nous voyons la lettre et je me demande ce qui vous a motivé pour l’utilisation de cette lettre pour casser l’innocence du personnage ? Et pourquoi ne pas l’avoir fait via un dialogue entre le petit frère et le personnage principal ?
Réponse : Alors le petit frère sait que son oncle a agressé sa grande sœur, donc il tente de cacher les lettres que ce dernier envoie pour épargner sa grande sœur et la douleur que la vue de ces lettres pourrait apporter. Et il n’aura pas la possibilité de savoir qu’au final, son tour de passe passe sera révélé. Il tente donc toujours de dissimuler les lettres. On peut voir aussi que le petit frère aime beaucoup la magie, et il se persuade qu’avec ses tours de magies il pourra apporter un certain réconfort auprès de sa mère ainsi que sa sœur.
Finalement cela se révèle être un échec. Bien sur son rêve est donc d’apporter du réconfort à sa mère et sa sœur, et même avec les meilleurs attentions possible, et qu’il souhaite satisfaire sa sœur et que le bonheur revienne pleinement dans sa famille, il va vite se rendre compte que malheureusement cela est impossible. Car c’est impossible de changer le passé. Et que malgré le fait d’avoir les meilleurs intentions et les meilleurs efforts possibles, et que même s’il souhaite aider sa sœur, il ne peut pas finalement vivre la vie de sœur et qu’il doit vivre sa propre vie.
Donc c’est à travers l’échec qu’il commence à comprendre que la vie ce n’est que des apprentissages et que ce n’est pas forcément ce que l’on veut et que c’est via cet échec là qu’il va lui aussi grandir.
Question : C’est un film qui traite énormément de sujet, car on peut penser que c’est un film avec un sujet, mais vous avez réussi à envelopper tellement de sujet à la fois. Comment avez-vous pu mettre tout ces sujets dans ce film ? Est-ce arrivé petit à petit lorsque vous avez commencé à parler de votre sujet principal que les autres sont venu se greffer ?
Réponse : Si vous avez pu voir autant de thème dans mon film, j’en suis vraiment ravie et je n’en avais pas forcément conscience. Mais si vous voyez autant de thème c’est que je pense aussi que dans votre cœur vous avez pu ressentir divers thèmes qui vous touche vous particulièrement plus qu’une autre personne. Car finalement chaque spectateur voit le film qu’il a envie de voir.
Ma volonté première en tout cas c’était de montrer une adolescente qui commençait à découvrir son corps, donc la sexualité, les rendez-vous amoureux et comment elle les percevait. Et si elle devait être victime de violence sexuelle, je me demandais en fait comment est ce qu’elle allait avoir cette première approche envers son premier amour ? Et comment est ce qu’elle allait continuer à vivre ? Parce que finalement, lorsqu’on est victime de violence sexuelle, ce n’est pas une tragédie personnelle, je pense que c’est à travers les recherches que j’ai pu faire que j’ai compris cela, mais c’est une tragédie qui touche toute la famille et tout l’univers qui entour cette famille. Donc cela a une forte influence. Un très grand impact. Donc je ne pouvais pas, pour ce film, parler que d’une seule personne, il fallait que j’évoque l’univers qui entoure cette personne et de ses relations. Donc vraiment de l’entourage en général. Donc finalement c’est à travers un personnage que j’essaie de montrer l’impact que cela peut avoir sur son milieu et son univers.
AUTOR 🖋️ : Pauline LEGAILLARD
📸 © : THE WORLD OF LOVE
📍Propos recueilli pour Korea.net et HorangOut



