Lors du Festival du Film Coréen à Paris, qui a eu lieu du 28 octobre au 4 novembre, le film THE SQUARE a été présenté au public.
Ce dernier est un film d’animation qui est sorti en Corée en mars 2025.
A cette occasion, le réalisateur KIM BO-SOL était présent au FFCP et a participé à un échange avec le public français.
SYNOPSIS
Gwang-jang, l’immense place au cœur de Pyongyang, est désertique en hiver. Seul Isak BORG y pédale à s’en brûler les poumons. Le diplomate a demandé à prolonger son mandat à l’ambassade de Suède, faisant fi des mises en garde de son interprète, Myeong-jun. Isak s’en moque, il est amoureux. Ses rendez-vous avec Bok-joo sont secrets. Bravant l’interdit, les joues sont roses et leurs yeux brillent, mais les ombres, en Corée du Nord, sont denses. Et de toutes parts les entourent…
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Retour sur l’entretien avec KIM BO-SOL sur son film THE SQUARE
Avant de commencer à répondre aux diverses questions, KIM BO-SOL a tenu a remercier profondément le public français qui s’est déplacé jusqu’ici pour « regarder un film ennuyeux ce week-end » (rire).
Question : « THE SQUARE » vient d’une histoire vraie ou d’une image qui vous a marqué ? Comment vous est venu cette idée d’histoire ?
Réponse : Le point de départ c’est car je porte un profond intérêt pour la Corée du Nord, puis j’ai lu un article sur un diplomate suédois et la vie qu’il a eu là-bas. Du fait que dans tous ce qu’il a vécu il y avait toujours un sentiment de forte solitude et sa seule manière de déstresser c’était de faire du vélo sur la route. C’est à partir de cette lecture que j’ai eu l’image et diverses idées et c’est ainsi que tout a commencé.
Question : Comment avez-vous choisi ce style pour votre œuvre ? Et est ce qu’il y a une signification particulière pour le choix des œuvres ? Car nous pouvons voir un tableau de l’artiste italien Giorgio De Chirico.
Avez-vous fait appel à des animateurs nord-coréens pour ce film ?
Réponse : Alors concernant le style, même si c’est un film indépendant, nous avons eu un budget dérisoire pour la totalité du processus de création. Finalement un animateur et moi-même avons tout travailler et avons dû être efficace. Le but était de rendre les surfaces planes avec une profondeur. Pour le reste nous avons beaucoup travaillé sur les ombres. C’était le premier film studio donc nous avons cherché notre identité pour le style. Nous ne voulions pas faire du Disney ou de l’animation japonaise, avoir notre style à nous.
Je ne connais pas d’artistes nord-coréen mais il y a une vraie industrie de l’animation là-bas. Et la Corée du Nord le sait et joue de cela car leur talent d’animateur est reconnu. Pour ce film, je souhaitais vraiment travailler avec des nord-coréens mais malheureusement ce fut impossible de faire des paiements en direction de ce pays, j’ai donc cherché à travailler avec des animateurs nord-coréens vivant en Chine mais ils étaient très chers, donc nous nous sommes concentrés à trouver une équipe d’animateur en Corée du Sud.
Concernant la présence de l’œuvre de De Chirico, je suis très heureux de cette question et je trouve cela drôle car c’est le 3eme festival et c’est la 3eme fois qu’on me fais la remarque (rire). Le tableau représente l’ambassade de Suède et je voulais que ce tableau soit proche du personnage de MYEONGJUN, car il va coller à son personnage. L’artiste savait mettre en avant les Hommes un peu à la marge / pas intégré à la société.

Question : MYEONGJUN, vous avez évoqué lors d’une interview, que c’était en fait lui le personnage principal. On peut constater que c’est lui le plus seul, celui qui a le plus à perdre dans l’histoire, qui n’est pas forcément la sienne… Avez-vous eu un entretien avec un ancien agent secret nord-coréen ? Et si oui, a-t-il pu voir le film ?
De plus, le film m’a beaucoup fait penser à un autre film qui s’intitule LA VIE DES AUTRES, donc je souhaitais vous remercier.
Réponse : Il y a en effet une personne qui m’a aidé et qui est réfugié nord-coréen. Ce dernier a lu le scenario mais n’a pas pu encore voir le film. Je l’avais invité lors de la projection en Corée mais il n’était pas disponible. Cependant le film sort en Corée en janvier prochain donc j’espère qu’il pourra le voir à ce moment-là.
Je tiens à faire une parenthèse car c’est important pour moi, le mot clef de ce film c’est la solitude, celle de Borg, cependant lors de nos interviews, le réfugié nord-coréen m’a répondu que ce n’était pas le sentiment de solitude le plus compliqué pour lui. J’avais énormément de question pour lui, car je ne connaissais pas ce pays, n’ayant jamais pu y aller la personne qui m’a aidé et au cours de nos échanges il m’a donc confié que non le sentiment de solitude n’était pas le plus ressenti. Le plus ressenti c’est celui de la peur. Cette réponse m’a marqué car à la suite de cet échange, j’ai retravaillé tout le scenario. MYEONGJUN est quelqu’un de seul mais c’est surtout quelqu’un qui a peur H24 7 jours sur 7. Donc lorsque j’ai entendu la réponse de ce réfugié, je me suis dit que je devais me concentrer sur ce sentiment. Je voulais retranscrire ce sentiment ou la peur se transforme en solitude, et si c’est ce que le public comprend, j’estime avoir réussi à retranscrire ce que je souhaitais.
Concernant le film LA VIE DES AUTRES, c’est un film que j’ai vu et pas qu’une fois car je ne souhaitais pas que le film soit identique à ce dernier, car le sujet est similaire. Malgré tout ce travail, je remarque des similarités. Par exemple lorsque le personnage pleure en écoutant du piano dans le film, dans THE SQUARE on a la scène ou le personnage écoute de la musique avec son baladeur cd. Je pense que la plus grande différence c’est la vision que j’ai de la Corée du Nord, il y a une vraie pénétration culturelle avec le changement qui doit venir de l’interne, et j’ai représenté cela avec le lecteur cd.
Question : Avez-vous pensé à faire parler le personnage de Borg en suédois dans le film ? De même, est ce qu’il y a des accents nord-coréens voulu le faire parler suédois a un moment ? Y a-t-il des accents nord-coréens dans le film ?
Réponse : Au début je pensais faire un mix. Cependant lors du début du projet, nous étions en pleine pandémie COVID et les personnes parlant suédois était des ingénieurs ou du personnel de chez IKEA, cependant ils ne savaient pas jouer. Nous avons donc décidé de tout doubler en coréen car le film parle de la Corée du Nord.
Concernant le dialecte ou accent nord-coréen, pareil je tiens a préciser que de manière général les gens se permettent de dire tout et n’importe quoi sur des sujets qu’ils ne maitrisent pas. Les médias sud-coréens ridiculisent souvent la Corée du Nord. Donc lors de la rédaction du scenario je ne souhaitais pas faire honte aux nord-coréens, si un jour il y a une réunification. J’ai donc reçu de l’aide du réfugié et il a aussi coaché les acteurs.
Question : Comment avez-vous pu faire beaucoup de recherches sur un pays où il est difficile d’accès ? Quel a été le processus ? Le sujet de votre film est-il ce choix de réaliser un film d’animation ?
Réponse : La réponse va être simple mais j’ai un grand ami qui est google mais aussi Instagram. Les deux médias sont parfaits pour la recherche d’image qu’on ne voit pas forcément dans les médias. Il y a des agences touristiques pour les Russes ou Chinois qui organisent donc des voyages et postent les photos de ces derniers, donc nous avons des photos beaucoup plus vivantes.
Dans le processus, il y avait une personne qui était dédié à la récolte d’image et d’unifier tout cela et lorsqu’on avait besoin de réponse ou qu’il y a eu des interrogations, je posais mes questions lors d’interview avec le réfugié nord-coréen.
Effectivement, le choix de réaliser un film d’animation peut créer ce lien car cela permet d’aller au-delà des limites physiques, que cela soit par les expressions ou pour les lieux. Ici on est sur la Grande Place. Mais dans tous les cas, le film aurait été un film d’animation car je suis moi-même animateur. J’avais cette idée d’histoire depuis le début et je souhaitais en faire un court-métrage cependant mes proches étaient contre et je me suis lancé plus tard.
Avez-vous autre chose à dire à votre public français aujourd’hui ?
Je tiens encore à vous remercier d’être venu un week-end. En tout j’ai dû passer 2 mois en France, connu dans le monde pour être le pays des arts et de la culture et je ne suis pas étonné de voir que les questions sont d’un niveau élevé, ce fut un régal de vous répondre. Merci beaucoup.
Retransciption Pauline LEGAILLARD pour Korea.Net et HorangOut



