Entretien avec LIM Oh Jeong, réalisatrice du film Hail to Hell

LIM Oh-Jeong lors du FFCP

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Lors du festival du film coréen à Paris, nombreux réalisateurs/réalisatrices, producteurs et productrices ainsi qu’acteurs et actrices viennent présenter leurs films et rencontrer le public français. 

Parfois ils sont là uniquement pour présenter les films, parfois ce sont pour des sessions de questions/réponses.

Ce fut le cas avec LIM Oh-Jeong qui s’est donc prêtée au jeu.

cr : LIM Oh Jeong lors du FFCP

D’abord présentation de LIM Oh-Jeong : 

Née en 1982, LIM Oh-Jeong a étudié la photographie à l’université Chung-Ang ainsi que la réalisation de film à la “FilmSchool”, l’art des multimédias à l’Université National Coréenne des Arts. 
Elle a reçu le prix de la meilleure image ainsi que celui de la meilleure mise en scène des courts métrages, avec “EMPTY LIES” (2009). Elle a aussi eu le prix de la meilleure image avec le court métrage “NO MORE NO LESS” au DAEGU Independant Short Film Festival en 2013. 
Elle a été à la production de “Call me if you need”, le 3eme épisode de “The Midday” (2018). 
Son travail inclus aussi Pour Un Nouveau Roman (2007) ainsi que The Shelter (2015). Hail to the Hell est son premier long-métrage. 

Histoire du film : 

Na-mi et Sun-woo ont passé leur scolarité à être harcelées. Liées par un pacte suicidaire et prêtes à en finir, elles découvrent que leur tourmenteuse en chef, Chae-lin, étudie désormais à Séoul et s’apprête à partir vivre à l’étranger, heureuse. Poussées par la colère, elles se mettent à sa recherche, assoiffées de vengeance. Mais ce que les deux adolescentes vont trouver dans leur quête est loin d’être ce à quoi elles s’attendaient 

Fiche Allociné ICI

Retour sur cet échange : 

“Tout d’abord je tiens a remercier toutes les personnes dans la salle d’être venu. Au départ c’était pour un film basé sur la psychologie/réflexion. Le film a été écrit et réalisé pendant la période du COVID, donc il y a eu une volonté de retranscrire ce sentiment d’angoisse ainsi que celui de solitude. Mais je souhaitais aussi un film dynamique avec deux filles libres qui favorisent la vie à la mort”

• Le film traite un sujet de société, pourquoi ce choix ? 

Il y a beaucoup de films ou séries, voir reportage, qui abordent et mettent en évidence certains problèmes/faits de la société mais les problèmes ne sont pas résolus pour autant. J’avais donc un souhait de montrer que la base de tout c’était la structure du système qui engendre le problème et non certains êtres qui seraient “le mal” à l’origine de ces problèmes. 

• La question de la rédemption et du pardon n’est pas quelque chose de simple, quel rapport avec la religion dans la société coréenne ? 

Le film évoque la religion mais il faut savoir que a titre personnel, je suis athée, cependant j’ai toujours trouvé ça curieux de voir des gens très croyant avec cette pensée et volonté de “sauvetage” envers ceux qui ne le sont pas ou pas à leur “niveau”. 
Ensuite, la rédemption et le pardon ne sont pas quelque chose de simple, que cela soit à donner ou bien a accepter. 
Il y a aussi la question entre victime et observateur. La limite peut être très fine et subtile.
Globalement je dirais qu’il y a plus une volonté d’être pardonné par nos paires que par une entité suprême. 

• Pourquoi avoir choisi une église protestante dans le film ?

La violence découle d’une hiérarchie verticale, et ce n’est pas qu’en Corée du Sud, mais dans le monde, donc cela engendre divers conflits à différents niveaux. Je trouvais que pour montrer ce genre de problème, la religion permettait de mettre en avant ce tout cela. Tout comme l’univers de l’école. J’ai donc réunis ces deux éléments car c’était plus simple pour faire un lien et montrer ce que je voulais correctement. 
Concernant le problème des sectes en Corée ou dans le monde, c’est qu’il y en a, mais il y a aussi le regards que les gens externes leur portent. Généralement les gens qui finissent par rejoindre des sectes ce sont des personnes ayant des blessures, des personnes qui sont isolés, et elles rejoignent donc ces mouvements afin de combler un vide, car les sectes renvoient une image d’unité, que peu importe où vous pouvez être dans le monde, il y aura toujours des personnes pour vous accueillir  car ils font parti du même mouvement que vous, donc cela renforce cette idée d’unité et qu’on ne sera pas seul peu importe ou et quand. 
A mon avis, pour diminuer le nombre de secte ou de mal être, l’être humain devrait juste commencer par être moins égoïste. 

• A la fin du film, il y a cette position victime/agresseur, et de même on se poste des questions sur la phrase de fin “ni vivre ni mourir” 
J’avais cette volonté d’avoir cette nuit noire vers la fin du film afin de trouver “des étincelles”. Concernant les protagonistes, leur envie de mourir ne va pas disparaitre comme ça en un claquement de doigts, cependant, cette fin permet de montrer que malgré tout, il y a des étincelles. Donc de l’espoir, tout ne pas devenir parfait avec un happy ending, mais l’espoir est là, les étincelles sont présentes. 

• Vous avez choisi un casting féminin et c’est aussi votre 1er film, n’etait-ce pas compliqué en tant que femme ?  

Le fait d’avoir choisi un casting féminin était plus pour montrer toujours ce problème de hiérarchie verticale. La violence à l’école existe et peu importe les sexes, on en retrouve chez les hommes comme chez les femmes. Cependant les hommes cela aura tendance a être représenté par les populaires et les outsiders, en passant par des menaces généralement physiques. Cependant chez les femmes, cette violence sera principalement sur le plan émotionnelle, c’est plus subtil, elles mettent de cote ou s’ignorent et le reste suit, petit à petit la distance grandit et les gens autours vont faire de même en s’éloignant d’une personne plutôt que d’un groupe. La personne termine donc isolée et un groupe se forme, et quand on ne fait pas parti de ce groupe, c’est un peu une mort sociale. 

C’est très difficile de faire un long métrage de base mais encore plus quand on est une réalisatrice, mais ce n’est pas uniquement car je suis une femme. J’avais fait des courts métrages avant et le travail n’est pas du tout le même. 
J’ai pu obtenir des subventions accordés en Corée du Sud afin de pouvoir financer ce long métrage. 

Je suis contente de voir qu’une nouvelle époque est en train d’arriver. La glorieuse époque remplie d’hommes réalisateurs est doucement en train de changer, et beaucoup de réalisatrices commence a émerger. 

Beaucoup de femmes ont des idées ou une visions pas ou peu vu encore sur grand ou petit écran et il y a vraiment un besoin de changer les préjugés 

Merci à vous. 

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